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Sous le joug de l'émergence de la Côte d'Ivoire

Crédit photos: wikimedia commons (Abidjan-Plateau)

Bonjour chez vous chers lecteurs ! Je sais que j’ai disparu de la circulation, mais ce n’est pas ma faute hein… C’est la galère ! Il faut bien que je me cherche ! Ou bien ?

Chacun a ses problèmes. Son actualité bouillante et bouillonnante. Tenez par exemple ! Hier, « le pays des hommes intègres » tremblait et cogitait sur l’intégrité du puissant Blaise Compaoré, entraînant dans ses mouvements sismiques des secousses dans le gouvernement Ouattara, qui avait tenté en vain, d’arrêter l’hémorragie déclenchée par les départs pompeux de certains cadres du Congrès pour la démocratie et du progrès (CDP), parti du président en exercice du Burkina Faso…

Aujourd’hui, la terre d’Eburnie, tremble également, mais pas pour les mêmes raisons. Il faut dire que ce pays vibre très souvent sous haute ou basse fréquence.

Entre la sciatique (ce n’est plus un secret) du capitaine du navire Ivoire, l’adoré Alassane Ouattara dont la cane émergente est désormais célèbre, le transfèrement à la Haye du charismatique champion de la galaxie patriotique, Charles Blé Goudé dit Zadi Gbakpè, dont la zénitude je dois l’avouer m’a complètement bluffée et les derniers remous engendrés par l’affaire Awa Fadiga, nous ne savons plus ou donner de la tête ! Mais moi Babeth, j’ai un problème ; un problème émergent…

Emergence de la vie chère

Aujourd’hui en terre d’Eburnie, nous ne jurons que par un mot : émergence ! On nous assure qu’elle court vers son terme, qu’elle ne mentira pas. Si elle tarde, attendons là. Car elle s’accomplira certainement… Bref ! l’émergencia, est plus qu’un simple slogan, plus qu’un irritant effet de mode…

Dans chacune de ses interventions télévisées, le président de la République n’a de cesse, de nous rappeler le taux de croissance en hausse. Il parait même que nous atteindrons bientôt une croissance à deux chiffres, si ce n’est déjà fait ! Wouahhh ! Quel impact sur nous ? Heu… Pas grand-chose !

Nous autre profanes, aux oreilles de qui la dialectique économique n’est que pur chinois, serions toujours bercés par cette douce prophétie croissante et émergente, si Donald Kaberuka, président de la Banque africaine de développement (BAD) n’avait pas troublé cette berceuse par un son discordant en  affirmant sur les antennes de RFI ceci :

« Il ne faut pas confondre croissance économique et transformation économique. La croissance économique, qu’elle soit de 5 % ou de 10 % ne signifie rien pour les populations si elle ne s’accompagne pas de créations de richesses, d’emplois et de réduction de la pauvreté ».

Pendant que le gouvernement nous sert à l’envi sa volonté affichée et sans cesse réaffirmée de lutter contre la vie chère, nous découvrons (c’est le cas de le dire, vu la quasi-inexistence de communication à ce sujet) de nouvelles taxes.

Proposer quelque chose de décent à la consommation quotidienne de la famille, relève désormais d’un exploit ! Tant les prix flambent sur le marché. Il vous faut être très riche ou un véritable stratège en gestion budgétaire pour espérer… Emerger (on y revient ).

Vous faites des achats dans des grandes surfaces ou de simples magasins ? Vous vous inscrivez à des cours ou décidez de suivre une formation  quelle qu’elle soit? Vous réglez une facture quelconque ? Oh surprise ! On vous demande 100 francs Cfa pour  le timbre de l’Etat ! Et la TVA ? N’est-elle pas suffisante comme taxe ? L’Etat nous donne gratuitement les timbres ou quoi ?

La dernière surprise en date ? La taxe de 3 % sur les appels et l’Internet. Entrée en vigueur depuis le 1er janvier 2014, cette nouvelle taxe figure à l’annexe fiscale 2014 (la loi n°2013-908 du 26 décembre 2013 portant budget de l’Etat 2014) et devinez qui la supporte ? Je vous le donne en mille : les consommateurs. Sacrilège !!! Ils ont osé toucher au dieu Internet !

L’administration fiscale selon le site de la Fédération nationale des industries et services de Côte d’Ivoire, justifierait cette taxation par le fait que les contributions fiscales des entreprises de communications en plein essor sont en deçà de leurs performances réelles. Il était de ce fait nécessaire de « remédier à une situation préjudiciable aux ressources de l’Etat », en augmentant le taux d’imposition et en élargissant leur assiette.

Je veux bien qu’on répare une situation « préjudiciable aux ressources de l’Etat ». Mais est-ce aux consommateurs de payer ?

C’est un truisme de dire qu’aujourd’hui, l’Internet est un outil indispensable pour tous.  Cela vaut encore plus sous nos tropiques. Nos bibliothèques sont d’une pauvreté si affligeante que même si elles brûlaient, cela ne changerait rien pour les élèves et étudiants qui de toute façon se tournent vers les bibliothèques privées.

La semaine dernière je me suis pris un uppercut à la pharmacie ! Les prix des produits pharmaceutiques ont pratiquement doublé, en raison de taxes dont l’imposition aurait surpris les pharmacies elles-mêmes. Nous ne sommes pas tous couverts par des assurances hein… Nous autres citoyens rienneux et moisis payons les médicaments sans aucune prise en charge… Un ami m’a même dit : Babeth mon nouveau boulot c’est de changer les prix à la pharmacie où je bosse !

J’achète mon journal (je ne suis pas comme vous les titrologueurs là hein ; moi j’achète), je vois un communiqué annonçant que le prix des journaux allait augmenter à compter du 2 avril, c’est-à-dire depuis mercredi… Là, je me suis étranglée de rire ! Et pour cause !  L’Ivoirien même, n’achète pas le journal ; il lit les titres et se lance dans des fables et des analyses sorties de nulle part...

En plus, soyons sérieux. A part quelques uns qui tentent tant bien que mal de faire du vrai journalisme, la presse ivoirienne est un vrai casse- tête et un outil de propagande. Si le prix des journaux augmente on s’en fout !

Si nous ne pouvons plus manger, nous soigner, surfer, nous informer, même téléphoner… On va où là ?

Que fait l’association des consommateurs de Côte d’Ivoire ?

Nous avons de nombreuses associations de consommateurs en Côte d’Ivoire. Elles sont censées faire bouger les lignes, initier des actions, pousser le peuple à lutter contre la vie chère. Elles sont tellement nombreuses que personnellement je m’y perds. On ne sait pas qui fait quoi et qui dit quoi. On est dans les grands discours et les conférences avec des thèmes compliqués. En plus elles se tirent dans les pattes en se taxant mutuellement de tous les noms d’oiseaux que vous pouvez imaginer.

Quant à nous consommateurs, n’en parlons même pas !  Touchez à l’essentiel de notre quotidien ; poussez nous dans une misère toujours plus profonde, vous n’aurez au mieux (ou au pire c’est selon) que de minables murmures entretenus dans les salons ou dans quelques obscurs kiosques de Diallo où nous nous abreuvons mutuellement de nos misères que nous prenons plaisir à raconter. Auto-apitoiement oblige…

Mais osez, ne serait-ce que par votre verbe, menacer le pouvoir de notre Bravetchè (Alassane Ouattara), critiquer notre woody (Laurent Gbagbo) ou même vous insurger contre les balbutiements du Bouddha de Daoukro (Henri Konan Bédié). Touchez verbalement à nos chers politiciens harangueurs de foules, sans programme concret et dont l’accession au pouvoir, pour laquelle nous avons donné nos poitrines, n’a jusqu’à ce jour généré aucun changement concret dans notre vécu… Et ce sera la guerre ! Nous serons prêts à offrir nos enveloppes charnelles en holocaustes. Nos corps aux balles et aux machettes…

C’était mon travail avant. Marcher de Angré au Plateau, sous le chaud soleil de Babi, pour protester. Je trouvais ça fun ! Mais c’est fini hein, plus jamais ! Erreur de jeunesse…

Améliorer notre cadre de vie, contribuer à la réforme du système sanitaire, exiger que la ménagère ait à nouveau un panier et non un sachet que nos taxes soient réduites, devrait beaucoup plus nous intéresser… Vous ne croyez pas ?

En tout cas courage à nous tous et Shalom surtout… Parce que sans la paix intérieure, beaucoup parmi nous risquent d’être emportés par des ulcères et des AVC avant 2020, date à laquelle le président Alassane Ouattara compte nous faire disparaître (oups !)…  immerger… (Que dis-je ?) émerger…

D’ici  là…

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Auteur·e

babethlizy

Commentaires

serge
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Rapidement, une association des consommateur, cela a-t-il vraiment de force? Non que le modèle ici soit parfait, mais il y a au Brésil, un organe fédéral chargé de défendre les intérÊts des consommateurs. n'importe quelle entreprise entend : "je vais me plaindre à l'agence federale des consommateur (promoteur)", et hop, elle se calme!
Pour l'émergence, he he, bonjour les problème...
je te passe un lien en cadeau... au hazard...
https://online.wsj.com/news/articles/SB10001424127887323873904578571472700348086
Et la derniEre chanson, c'est que le Nigéria est devenu la premiere puissance économique d'AFRIQUE, et alors? dans un pays où 50 % des jeunes est au chomâge... pfff !!!
Le coup des deux chiffres, on nous la joue aussi en RDC... Nous sommes à 7 %, il parait...

babethlizy
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Je sais pas si on a ce genre de structure ici... J'en suis pas sûre mais je pense qu'une association des consommateurs efficace peut quand même changer les choses et même être un bon moyen pour parvenir à cette fameuse agence fédérale sinon d'ici là on s'en fout de nos droits de consommateurs et c'est bien dommage...

Emmanuel
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Tes analyses sont judicieuses. J'aime ton style. Je crois que nous blogueurs, c'est aussi notre tâche d'affaiblir le pouvoir des médias traditionnels dans leur logique de propagande.

babethlizy
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Oui si nous arrivions nous même à nous démarquer de cet esprit de propagande.
Car malheureusement même des blog sont des outils de propagande...
Merci d'être passé Emmanuel bises à vous.

Serge Katembera
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c'est vrai que les américains font du beau boulot avec les associations :)

Ladji Sirabada
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Hum, felicitation....Bientot moi aussi je parlerai de l'Imergence...., de Pont, de canné et de chapeau

DEBELLAHI
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Quand elle s'éclipse, c'est pour une ou deux paies qu'on ne la voit pas Babeth. Mais, détrompez vous. Ce n'est pas temps perdu, plutôt pour sortir un article "millésimé" comme celui-là. Bravo! Seulement, la croissance des institutions de Breton Woods, elle ne nous a pas touché. Par contre, la croissance démographique, et particulièrement des gens vivant sous le seuil de la dignité, nous la vivons au quotidien.

Ladji Sirabada
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Donc toi aussi tu marchais de Angre au Plateau pour les besoin de la cause? 100 pas 100 pas...Y a pas en realité d'association des consomateur dans ce pays. Il y a des mangeurs...Des oportunistes aussi qui mentent froidement au nom du peuple....