L’interview imaginaire d’Henri Konan Bédié

 

Henri Konan Bédié président du PDCI-RDA

C’est dans sa gigantesque et somptueuse demeure sise à Daoukro, que monsieur Henri Konan Bédié, président du PDCI-RDA, ancien président de Côte d’Ivoire, me reçoit. Il avait été éjecté un 24 décembre, en deux temps trois mouvements, du fauteuil présidentiel qu’il affectionnait tant, par le balai magique d’un certain Guéi Robert, général putschiste, rebaptisé par les ivoiriens « Guéi Noël ». Ne le cherchez pas. Il n’est plus… RIP.

Je le retrouve dans son salon privé, sirotant un verre de vin avec un plaisir limite orgasmique, un Romanée Conti Grand Cru, offert par son jeune frère Alassane Ouattara, en guise de remerciement pour l’appel de Daoukro, qui lui a permis d’obtenir un second mandat à la tête de la Côte d’Ivoire. Quelle reconnaissance ! L’homme vénère le vin, il lui voue un amour inconditionnel. C’est connu de tous ! Dans sa main gauche, un cigare « El Behike » de la célèbre marque Cohiba, l’un des plus cher au monde. Commandé spécialement à Cuba sur initiative de sa chère et tendre épouse Bomo qui, depuis toutes ses années de vie commune, connait bien les goûts de son homme.

Il m’invite à prendre place en face de lui.

Humeurs Nègres : Bonjour Monsieur le Président.

Henri Konan Bédié : (Il lâche une fumée en l’air et me répond entre deux gorgées de ce merveilleux cru qu’il tient en main) Bonjour madame…

HN : C’est mademoiselle…

HKB : Peu importe…

HN : (Je suis choquée ! Mais je garde mon calme) Comment se porte le PDCI-RDA ?

HKB : Comme un charme…

HN : En êtes-vous sûr ?

HKB : (Le visage se crispe, signe que l’homme contient son agacement naissant) Venez-en au fait !

HN : J’ai l’impression que, depuis l’appel de Daoukro, lancé de manière unilatérale – et ce à la surprise générale – en septembre 2014 lors de la visite du président Alassane Ouattara dans le Iffou,  (appel proclamant ce dernier candidat unique du RHDP (Coalition du parti au pouvoir) et donc par ricochet du PDCI-RDA)

, plus rien ne va ! D’ailleurs que s’est-il passé ce jour-là ? (Le vin vous était monté à la tête ? Je n’ose pas l’exprimer audiblement, j’ai trop peur !)

HKB : Mademoiselle, lâche-t-il, quelque peu agacé par cette question un peu trop directe. Il n’y a rien à expliquer. Mon jeune frère Alassane a accompli des prouesses et des merveilles pour la nation, il ambitionne de nous rendre émergeant d’ici 2020. C’est l’homme de la situation. En plus, il a donné mon nom au troisième pont ! Ça se récompense !

HN : Par le sacrifice du PDCI à l’autel du Rassemblement des Républicains (RDR) ?

Il tire une bouffée de son cigare couteux, les yeux rivés sur son jardin et ne pipe mot.

Après un moment d’hésitation, je poursuis mon interview…

HN : Les élections législatives sont prévues pour ce dimanche 18 avec des centaines de candidats indépendants issus des rangs du PDCI. Pour cause, ils ne digèrent pas le rejet de leurs candidatures par le parti, qui privilégie constamment la candidature de cadres qui sévissent au sommet de l’Etat et dans les institutions depuis des décennies. N’est-ce pas un signe de mal être ?

HKB : Je n’ai qu’une chose à leur dire.  Qu’ils se ressaisissent et rejoignent les rangs…

HN : Sinon ?

HKB : Ils en subiront les conséquences. De plus, j’ai bien demandé à Guikahué, le secrétaire exécutif du parti, d’avertir la base. Je ne veux voir aucun jeune soutenir un candidat indépendant ! La parole du chef est sacrée. Je suis un Akan : le respect du chef avant tout…

(J’ai du mal à contenir le rire qui m’étrangle… il s’en doute d’ailleurs)

HN : En effet, j’ai lu cette déclaration. C’est d’ailleurs celle-ci qui motive cette entrevue. Mais qu’en est-il alors de l’idée de porter la jeunesse dans les institutions, de lui laisser de plus en plus de place dans le parti ?

HKB : Il y a les jeunes vieux et les vieux jeunes… Tout dépend de la manière dont on voit les choses ! J’ai 81 ans mais je suis jeune. Demandez au soldat perdu KKB, il en sait quelque chose.

HN : Ça veut dire ?

HKB : Que celui qui a des oreilles pour entendre entende !

HN : Mais, vous n’avez pas peur que la base du parti ne se révolte et ne désavoue votre choix ? Elle grogne de plus en plus et exprime désormais sa colère face à un parti qui n’a cure de son bien-être et ne la considère que comme un bétail électoral.

HKB : Je vais vous répéter ce que j’avais déjà déclaré lors du premier bureau politique après le 12ème congrès du PDCI RDA. On entre en politique comme on entre en religion. On oublie trop souvent qu’un militant est un soldat et que le soldat obéit d’abord à sa hiérarchie avant même d’interroger celle-ci. La discipline, dit-on, est la force des armées. Comment peut-on réussir une opération s’il y a plusieurs centres de commandement, si l’on se sent libre d’obéir ou pas ?

HN: Wohhh! J’avais oublié que vous étiez un grand sage ! Mais…

HKB: Ca suffit (Coupe t-il sec) ! Vous pouvez disposer. Il retourne à son vin sans me jeter un seul regard

HN: Mais…

HKB: C’en est assez jeune fille!

A ce moment précis, entre Adjoumani, le fidèle parmi les fidèles. Il apporte du champ’ qu’il cultive spécialement pour l’ex-président des ignames, pour un bon plat d’Akpessi.  Hmmmm j’en ai l’eau à la bouche…

Mais congédiée, je dois m’en aller… Mince il pleut!

Shalom!

 

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