Constitutions africaines : géométrie à valeur variable?

Crédit: Wikimedia commons

J’avais décidé le mercredi 25 septembre, de me prélasser sur mon lit douillet pendant que nos présidents prendraient part à la 68ème session de l’Assemblée générale des Nations unies.

Recroquevillée sous ma couette, à l’entame du sommeil lent, la voix du journaliste Karim Lebhour interviewant le président du Burkina Faso Blaise Compaoré parvint jusqu’à mes délicates oreilles.

Entre sommeil et éveil, j’écoute rêveusement l’échange qui, dans un premier temps, tourne autour du rôle du président Compaoré, dans la crise malienne. Il répond sans ambigüités aux questions posées jusqu’à…

Cette question toute simple dont la réponse fut si complexe !

– Est-ce que vous pouvez nous dire si vous allez modifier l’article 37 de la Constitution du Burkina Faso d’ici à 2015 pour vous représenter une troisième fois ?

Cette question, suffit à me sortir de cette grasse matinée, motivée par une paresse dont je suis devenue la docile servante.

J’étais curieuse d’entendre la réponse de celui que l’on a baptisé, en raison de moult médiations dans les multiples crises qui ont secoué la sous-région, le « facilitateur du dialogue direct ».

Celui-ci a estimé que la question n’était celle à laquelle il devait répondre. A entendre son propos, il était excédé que la même question lui soit fréquemment posée (allez comprendre pourquoi!).

Le journaliste, décidé à lui tirer les vers du nez, n’en démord pas. Il reformule sa question en ces termes :

Je vais poser ma question un petit peu différemment, si vous voulez bien, monsieur le président… Mais votre mandat arrive à expiration en 2015, la Constitution dit qu’on ne peut pas faire plus de deux mandats consécutifs. Est-ce qu’en 2015, dans deux ans, vous quitterez le pouvoir – comme le prévoit la Constitution ?

La réponse du président ? Beh… à ses yeux, cette question n’était pas importante pour le pays. Sa préoccupation actuelle n’étant pas les échéances de 2015, auxquelles par ailleurs il ne penserait pas; mais plutôt celle de construire son pays (à d’autres !).

Quelques jours plus tard, c’est M. Aubin Minaku, président de l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo, et secrétaire général de la majorité présidentielle qui accorde un entretien au journaliste Christophe Boisbouvier.

Parmi les questions posées : celle d’une éventuelle modification de l’article 220 par le président Joseph Kabila dans l’optique de briguer un troisième mandat.

La réponse de M. Minaku est catégorique : pas de modification possible, dans la mesure où selon ses termes, cet article est intangible. Cette réponse qui aura eu le mérite d’être claire n’empêchera pas le journaliste d’insister:

– Donc, si on ne touche pas à l’article 220, est-ce que ça veut dire que le président Kabila partira en 2016 ? 

La réponse du secrétaire général ne m’intéressa guère. Mon attention et ma réflexion se portèrent plutôt sur le fait que de telles questions intervenaient souvent lorsqu’un chef d’Etat en fin de mandat se prêtait au micro des journalistes.

Pourquoi tant d’insistances sur ces questions qui ne devraient pas se poser?

Viendrait-il à l’idée d’un journaliste, quel qu’il soit, de poser une telle question à Barak Obama ? A François Hollande (dont la côte de popularité, en chute libre, semble compromettre l’éventualité d’un second mandat) ? Non ! Celle-ci n’a nullement lieu d’être dans la mesure où la réponse est une évidence !

Contrairement à nos chefs d’Etat, qui au vu de leurs agissements antérieurs, ne peuvent y déroger. Car l’époque (si elle a existé) où la parole donnée revêtait pour l’Africain un caractère sacré est bel et bien révolue.

Non, la parole de nos hommes politiques, de ces dirigeants qui entretiennent une liaison coupable avec le mensonge et la manipulation, n’a aucune valeur. Leur « oui » est un « non » qui ne dit pas son nom ; et vice versa.

Ces adeptes du concept du « jeune » Bédié qui affirme fièrement que « la politique est l’art de l’impossible » font et défont la Constitution à leur guise.

De certains avis, nos malheurs n’ont pour seules sources que le néocolonialisme et l’impérialisme des Occidentaux qui nous déstabilisent afin de piller nos richesses. Moi j’attribue ma souffrance à cet esclavage que m’imposent mes propres leaders. Ces dictateurs notoires, ces loups déguisés en agneaux qui endorment le peuple en l’endoctrinant pour mieux l’assujettir.

Ils prétendent toujours œuvrer pour notre bien-être. Si la quête de la satisfaction du peuple est leur aspiration profonde, qu’ils commencent par s’appliquer comme leurs compatriotes, au respect des règles que nous nous sommes fixées.

A quand le respect de nos Constitutions ?

La Constitution, garant de la souveraineté du peuple fera-t-elle toujours l’objet de modifications « intuitu personae » ? Continuerons-nous à fragiliser et déstabiliser nos Etats en suivant les traces des présidents Ould Taya (Mauritanie), Ben Ali (Tunisie), Lansana Conté (Guinée), Omar Bongo (Gabon), Gnassingbé Eyadéma (Togo) ou encore Idriss Déby (Tchad), qui n’ont pas hésité à modifier cette règle censée baliser leurs actions, pour se maintenir à la tête de leurs pays ?

Ce n’est un secret pour personne. Le refus de l’alternance est une racine de l’instabilité de nos nations. Ce culte voué au fauteuil présidentiel, favorise l’ascension de rébellions, composées de militaires indisciplinés et d’arrivistes (motivés uniquement par des intérêts personnels) qui à travers des manipulations machiavéliques, font de la souffrance et de la frustration du peuple leur fonds de commerce et leur mine d’or.

Marisol Touraine l’a dit à juste titre : « On ne modifie pas la Constitution au gré des événements… La Constitution n’est pas une géométrie à valeur variable » (vous l’aurez compris je lui dois le titre de cet article! Je lui en sais gré).

La transformation de l’Afrique commence par le renouvellement de l’intelligence de ses fils et de ses chefs.

Nous parlons bien d’Etat démocratique et non de royaume ou de monarchie. Nous parlons de peuple et non de sujets au service d’un monarque, leur déniant tout droit pour la satisfaction de ses ambitions. Il est temps que ces « hommes forts » prennent conscience que l’époque où un président pouvait bâillonner le peuple, lui imposer le silence et rester au pouvoir jusqu’à sa mort, est révolue. Encore faut-il que ledit peuple ne se laisse point instrumentaliser.

Je sais que vous vous en foutez. De surcroît vous ne me connaissez pas et d’ailleurs qui suis-je moi ? Je vais donc rester dans ma cité dont je tais le nom (pays-là est trop bizarre, faut avoir peur de dire où tu habites), à vaticiner sur ce que fera le facilitateur Blaise Compaoré :

Respectera-t-il la Constitution de son pays ? Ce serait tout à son honneur. Après tout le Burkina Faso est bien le pays des hommes intègres…

Modifiera-t-il l’article 37 de la Constitution en vue d’un troisième mandat ? Pourquoi pas?  Nos gouvernants sont des « bravetchês » (braves), ils n’ont peur de rien, ni de personne; encore moins du peuple.

Imitera-t-il Vladimir Poutine ? Placera-t-il son Medvedev à lui en attendant son comeback ? Ivoirien dit : « Tout près n’est pas loin » ! Wait and see !!!…

Shalom !

7 Commentaires

  1. Ma chère Négresse, écoutes le conseil d’un Négroïde. Avec ton niveau élevé en français, tu vas facilement comprendre l’échelle des qualificatifs qui suit : INDISPENSABLE; IMPORTANT; UTILE; INUTILE; NUISIBLE. Je suis certain que tu as déjà compris où je veux en venir. Nos Gouvernants qui sont nuisibles, se prennent pour indispensables. J’ai entendu (et vu) le même COMPAORE dire à une Chaîne TV, qu’il était « émerveillé par la confiance qu’il ressentait toujours, après ses années de service ». C’est incroyable! Les sentiments d’autosatisfaction. Comme si toutes les Négresses du Faso, n’ont donné naissance qu’à un seul « Homme intègre ». Elles sont devenues stériles ou quoi ? Si nos constitutions sont modulables, les caprices de nos dirigeants sont multiformes et intarissables! Bravo pour cette qualité d’écriture, et la pertinence dans les sujets.

    1. Merci mon Négroïde! Imagines le smile de la Négresse que je suis. J’ose croire que le facilitateur aura la sagesse d’appliquer la loi. L’ère dictatoriale doit prendre fin dans nos Etats.
      Merci d’être passé. La qualité de ta contribution apporte du carburant à mon combat.

  2. Pour ma part, pour que les pays africains sortent de tous ces imbroglios dramatiques que nous vivons, il faut forcément que nos politiciens respectent la constitution de leur pays… Tout le monde ne peut pas devenir Président de la République, il y a plusieurs corps de métiers où chacun ou chacune peut exceller… Malheureusement en Afrique, l’on nous fait croire que sans la politique l’on n’est rien…

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