Ce garba au sperme qui fait scandale…

 

Lorsque j’appuie sur le bouton « gossip » et laisse trainer mes oreilles, je surprends des conversations insolites qui me donnent toujours matière à réflechir.

La semaine dernière, de passage dans la (plus si) chic commune de Cocody, je me suis laissée tenter par des beignets, assaisonnés au poisson haché et cuits à l’huile de palme. Lesdits beignets, communément appelés en terre d’ébunie des  « Guedegbas », étaient en pleine cuisson.

Etant donné que je n’ai pas de temps à perdre, je décide de passer mon chemin, avant de me raviser, suite aux instances de la vendeuse, décidée à ne pas laisser passer les 200 FCFA que me coûterait la satisfaction de ma gourmandise.

Mon postérieur, inconfortablement posé sur le banc mis à la disposition de la clientèle, j’écoute religieusement les derniers potins de la cité à elle rapportés par un jeune homme.

–  Ah ! La vieille mère ! (Entre nous, il espère avoir gratuitement des guedegbas après sa séance kpakpatoya).

Il parait que les gendarmes ont arrêté notre vendeur de garba hein !

Non !.. 

Walaye je te jure ! Venus en acheter autour de 5h du matin, ils l’ont surpris faisant des rituels avec du sperme qu’il avait recueilli dans une bouteille. 

Tchia ! Quelle histoire « spermidesque » ! Ne me demandez surtout pas comment les gendarmes ont reconnu le sperme contenu dans la bouteille à une heure pareille. Je n’en sais strictement rien. Je ne saurais reconnaître ce liquide à vue d’œil.

Ces rumeurs d’envoûtements qui courent la ville…

Ces histoires d’envoûtements dans le commerce et la restauration, sont monnaie courante en Côte d’Ivoire! Dès qu’un commerçant prospère dans ses affaires, il est accusé à tord ou à raison, de pratiques mystiques.

En effet, quand la restauratrice du coin n’est pas taxée d’assaisonner ses plats, dont la sapidité vous rend captif de ses mûrs, avec ses menstrues, c’est le café au lait,  à la saveur si singulière de l’« aboki » qui est mis au banc des accusés.

Ahh ce fameux café… Préparé avec cette eau spéciale, noirâtre, dont la nature fait l’objet des spéculations les plus loufoques. Nous l’avons tous soupçonné de contenir des substances pas nettes. Car les cafétérias les plus réputées, malgré leurs produits haut de gamme, ne sauraient reproduire ce parfum ensorcelant dont seul l’« Aboki » et ses compatriotes détiennent le mystère.

Les magasins et autres boutiques de luxes ne sont pas en reste. La vendeuse qui contrairement à sa voisine peine à écouler ses articles, vous dira sur un ton qui laisse aisément transparaître sa frustration :

– c’est de la pure sorcellerie. Cette femme est maléfique ; Je suis sure et certaine qu’elle a volé ma chance!

Personne n’apporte la preuve de ces délations, mais « on dit»,  nous assure de leurs authenticités et nous prie d’y croire ; car dit-il : « il n’y a pas de fumée sans feu » !

Les enchantements dans la restauration et le commerce mythe ou réalité ?

Le bon sens voudrait qu’une telle révélation me dissuade de l’envie d’approcher à nouveau cet établissement dont la réputation n’est plus à démontrer.

Eh bien il n’en est pas question ! Depuis le temps que les rumeurs courent à son sujet sa clientèle au lieu de baisser s’accroît de jour en jour. Il faut croire que ses fétiches sont vraiment efficaces.

On ne se l’explique pas ; mais ce plat d’attiéké accompagné de poisson thon frit dans une huile dont la noirceur lui a valu le surnom d’ « huile de moteur », les ivoiriens toutes couches sociales confondues y sont accrocs.

Photos de Babeth: Les poissons en pleine cuisson

Photos de Babeth: Les poissons en pleine cuisson

Oui. Nous raffolons de ce mets que seuls les « Haoussa » (ethnie du Niger), dans leurs échoppes de fortunes pas très hygiéniques savent nous concocter.

C’est un commerce qui prospère. Les ivoiriens l’ayant compris tentent de se faire  une place dans ce secteur sans succès. Ils ont beau, après une lutte titanesque pour avoir accès au marché du poisson thon, mettre l’accent sur la qualité des services (Propreté, qualité des poissons et de l’attiéké etc…), rien y fait ! Il manque cette touche spéciale… Maudite touche va !

Tu peux même essayer de le faire chez toi ; idem ! Tu reviendras toujours l’enrichir, en te demandant si ton addiction à sa cuisine, n’est pas l’œuvre d’une potion magique.

Photos de Babeth: Au garbadrome

Photos de Babeth: Au garbadrome

Si certains n’accordent aucun crédit à ces rumeurs uniquement motivées, selon eux, par la jalousie, d’autres par contre y croient fermement et n’hésitent pas à faire subir au présumé coupable, le châtiment de sa diablerie non démontrée mais mystérieusement avérée.

Le pillage de ses marchandises et un passage à tabac dans les règles de l’art, devraient lui faire passer l’envie – du moins l’espèrent-t-ils – d’empoisonner à nouveau sa clientèle.

Il est indéniable que les maléfices bien que difficiles à prouver existent dans le monde des affaires. Cependant, nous ne devons pas non plus discréditer tous les commerçants.

Au lieu de justifier nos échecs en taxant le succès des autres d’avoir un fondement inique, nous ferions mieux de nous appliquer à une gestion plus responsable de nos activités. A avoir nos petits plus à nous que personne ne pourra imiter.

Mais surtout nous devons faire preuve de persévérance. Le slogan « découragement n’est pas ivoirien » ne doit pas rester à l’étape de simple devise, mais devenir pour nous un mot d’ordre.

D’ici là, tout en priant Dieu de me garder en bonne santé, je continue à me délecter des petits plats, secrètement aromatisés au sperme, aux menstrues, à la salive de cadavre, aux excréments et autres ingrédients maléfiques visant à me maintenir dans un autre esclavage …

Shalom !

4 Commentaires

  1. Hehehehe, tu vois que ce que tu écris non? Quand on te dit que ivoirien aime kpakpato tu vas dire non encore?
    Demain matin tu iras encore daba les trucs trempé dans huile à moteur ou bien? Bonne dégustation, dagan!
    Cool article

    1. Hey Aphtal laisse moi tranquille est ce que j’ai le choix? Je serai la bas. Et d’ailleurs tu y auras droit toi même lorsque tu feras un tour sur les bords de la lagune Ebrié.
      Merci à toi.

  2. Yeuuuuuuuaaark! Maintenant je vais pas pouvoir m’empêcher de me demander quel est l’ingrédient fétiche qui rend le p’tit pain au chocolat de la boulangerie d’à coté si spécial… Bravo pour tes articles « dynamite »! A bientôt

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *