Mendiante en costard

Crédit Image Marine Fargetton

Crédit Image: Marine Fargetton

Il est rare d’arpenter les rues d’Abidjan, sans être accosté par un mendiant qui vous supplie pour une maigre pitance. Hormis ces handicapés qui, toute honte bue, exposent aux feux tricolores leurs infirmités pour ressusciter le bienfaiteur agonisant dans le tréfonds de votre être, il y a les enfants de la rue.

Certains parmi eux, ont fui le dangereux cocktail dont les ingrédients sont une marâtre acariâtre, et un père au cerveau lessivé, totalement aux ordres de la nouvelle reine de son cœur. Tandis que d’autres, orphelins, y sont poussés à leur corps défendant, par les circonstances douloureuses de la vie. Il y a par ailleurs les récalcitrants à la discipline, qui préfèrent voler et mendigoter plutôt que de se laisser éduquer et prendre le chemin de l’école.

Avec le temps, une nouvelle génération de mendiants a émergé. Dormez là ! Il y a émergence aussi dans mendicité. Ils ont opté pour une mendicité raffinée…

Vous savez, les mendiants abidjanais sont de grands marketeurs ! Je suis sûre, que nombreux parmi eux, ont fait des hautes études en stratégies marketing et communication dans une vie antérieure… Ou ont dû être de célèbres acteurs, style Marion Cotillard dans « La Môme » ! Ou Adrian Lester dans « Arnaqueurs VIP ». Comment peut-on être aussi ingénieux dans la mendicité ? Avec tous ces talents obscurs, ne soyez pas surpris que les Ivoiriens soient les champions du broutage !

Tour d’horizon…

Les petits poucets

Il en existe deux catégories. Les petits Peuhls, délégués par leurs mamans tapies dans l’ombre, qui te travaillent au corps jusqu’à épuisement. Ils Te saisissent la main, tels des chatons, se collent à toi, t’importunent en marmonnant des phrases incompréhensibles. Bref! De quoi te taper la honte en public. Tu t’en débarrasses donc hâtivement, en consentent une douloureuse séparation d’avec tes jetons !

Puis, viennent ces mineurs décrits plus haut, qui le soir dorment où ils peuvent. Dans les marchés, sur la place publique, à la belle étoile. Ils sont leur propre chef.

Avant, le petit, tout sale, t’abordait avec son air de chien battu savamment travaillé ; disant :

– Tantie, tantie, je veux manger j’ai faim…

Si cette technique était très efficace, au fil du temps, elle a baissé en rentabilité.  Car nous avons fini par réaliser, que nombreux parmi eux, sont des enfants rebelles ; prêtant ainsi le flanc aux nombrilistes égoïstes, qui n’hésitent pas, à masquer leur méchanceté sous une prétendue leçon de morale et leur intimant l’ordre de retourner chez eux, au lieu de quémander jour et nuit.

Le chiffre d’affaires ayant considérablement décru, un autre système s’imposait. Désormais, ils disent :

– Tonton, tonton,  je veux cirer chaussure. Faut me compléter 100 francs je vais payer brosse avec cirage.

Reviens sur les lieux l’année prochaine… Il sera toujours en quête de ces 100 francs de cirage…

Les costards cravates

Au départ, ils se présentaient comme les petits poucets. Apparence misérable, présentant des caractéristiques pires qu’un territoire dévasté après le passage d’un tsunami. Ils ont toujours une maladie ou ont emprunté le mauvais bus, et se sont par conséquent perdus (encore)… Leur lieu de prédilection ? Les abords des églises.

Surtout le dimanche lorsque le chrétien sort fraîchement de la maison de son Père, qui lui ordonne de donner à celui qui lui demande. A ce moment précis, les corbeaux n’ont pas encore picoré les graines de la parole semées dans son cœur. Il se sent un homme nouveau.  Lui soutirer de l’argent est donc chose aisée.

S’il te vient par malheur à l’idée de leur opposer un refus ! Pluie d’injures ! J’ai déjà eu droit à un « chienne là, ta maman ! » Est-ce que vous me connaissez ? Je réponds : « Bat**d là ça va pas chez toi ? Toi-même Chiiiieen ! ». Pardonne-moi Seigneur j’ai péché ! Mais ce genre d’attitude est source d’humeurgence (mauvaise humeur) quoi !

Leur petit jeu d’exhérédés ayant perdu de sa superbe, ils emboîtent le pas aux gosses ! Révision de la tactique de maraudage!

Ils se sont lancés dans les « VI » on les appelle les vendeurs d’illusions. Toilette soignée. Il a l’apparence d‘un mec dont le compte bancaire rivaliserait effrontément avec celui de Zuckerberg? Son histoire racontée avec maestria est si cohérente, que même le Docteur Lightman de « Lie to me » en décryptant son visage, ne trouverait aucune faille dans ses micro-expressions ! Vous savez pourquoi ? Il croit lui même en son mensonge, devenu au fil du temps sa vérité !

Il y a quelque temps une blogueuse que je surnomme affectueusement, la go du devandougou (je suis la reine des surnoms) me tweet ceci :

Je ne comprends pas très bien. Aussi en profitai-je pour faire ma kpekpesseuse :

Et elle de répondre :

Par CD, elle entend Cours à domiciles ! Gombo préféré des étudiants. J’ai bien rigolé en ressassant ma propre mésaventure à l’époque où j’étais étudiante.

Dans la peau d’une mendiante

Je me suis retrouvée décomplétée un soir, pour m’être offert des chips dont je raffole, sans m’assurer d’avoir assez d’argent. Il fait nuit. Je suis à Cocody ; je vais à Angré. Je fais comment ? Hein ?

Je ne peux pas marcher pour rentrer chez moi ! En costume cravate, maquillée, crayon dans cheveux ; tirée à toutes les épingles quoi ! Je dois tendre ma belle main manucurée à un passant ; demander l’argent ? A qui ? Les visages embrumés de : « Ne pas déranger » ne m’inspirent pas !

Quelle humiliation ! Je ravale ma fierté, prends mon courage à deux mains et demande 100 F Cfa à un passant, qui m’en donne 1 000 en disant :

– Je n’ai pas pour habitude de donner aux mendiants. Mais tu es tellement sapée… Tu dois vraiment avoir problème pour demander l’argent comme ça !

Fiaaaa ! Gbè !!!! Pourquoi les gens parlent mal comme ça?

Avec ces mendiants arnaqueurs qui pullulent partout, nous ne savons plus à qui faire confiance. Qui dit vrai ? Qui est un mythomane ?

Les mendiants ne retiennent pas le visage de leur proie, contrairement au  donateur qui pour ce don sacrificiel, est très physionomiste. Lorsque tu vois ton « nécessiteux », revenir vers toi avec la même histoire en version révisée et actualisée tu te dis merde ! On ne m’y reprendra plus !

Ne vous étonnez pas si nos cœurs sont de plus en plus endurcis hein… mais le soleil de l’arnaque nous a trop brûlés! Nous sommes devenus, insensibles, soupçonnant toujours le mal ! Mais ne laissez pas pour autant la flamme de votre charité s’éteindre ; car au final, certains sont vraiment dans le besoin …

Shalom !

14 Commentaires

  1. Super billet.
    Je vais raconter ma petite expérience qui a fini de me convaincre.

    Un de ces 4 matins, me voila avec un gros paquet de chiffon dans ma main en train de me rendre à la maison, quand je suis tout à coup accosté par un enfant handicapé, mental.
    – Je veux t’aider tonton.
    Face à mon refus, car le colis ne pesait rien, malgré sa forme volumineuse. Il me demande alors de lui donner un pièce d’argent.

    Un autre jour encore , de retour d’Adjamé, avec mon marché entre les mains, voila un monsieur, bien valide, qui me voit, avec mes bagages souffrant comme …, il m’arrête et me demande de l’argent. Vraiment … hein.

    Pourquoi ne m’a t il pas juste proposer son aide, ça m’aurait ravi et je lui aurais donné quelque chose certainement 🙂

    Les gens sont paresseux ou trop enrhumés pour voir qu’ils peuvent apporter de l’aide, quelque chose de positif au lieu de toujours demander.

    1. C’est ça qui me tue même les gens qui peuvent réellement faire quelque chose, qui préfèrent demander….
      La vie est dure pour nous tous. D’autres semblent l’oublier.
      Merci d’être passé Zak

  2. Après les Brouteurs,les Mendiants.La Cote d’Ivoire est-elle devenue au fil du temps le Royaume de l’Arnaque en tous genre ou quoi.La Pauvreté de la Jeunesse Ivoirienne crée des Vocations d’Escrocs.On ne sait plus qui il faut aider aussi,en fait.

  3. Pas de boulot, on demande aux jeunes d’être créatif, d’entreprendre, chacun entreprend donc à sa manière. L’essentiel est de sortir de cette galère. Et Comme le dit l’adage  » il n’est point de sot métier ». Il y a tout à croire que la mendicité deviennent donc un métier qui ne soit pas sot pour certains.
    OK Babeth, tu les dévoile comme ça, on finira par voir une grève semblable à celle des Battu de Aminata Sow Fall hein :p .
    Merci pour le clin d’œil. Super billet. J’aime comme toujours, ma meilleure.

  4. Je me joins au Berliniquais. Style très travaillé. Chapeau bas !
    Quant aux mendiants du Sénégal, il y a en a de toutes sortes, de toutes tranches d’âge. Il se dit que les hommes d’âge mûr sont des guinéens qui construisent des immeubles chez eux avec l’argent de la mendicité. Ici, c’est pire qu’un métier : tu mets ta chaise à l’arrêt bus et à chaque passage, tu tends la main, tu chantonnes assez haut, exhortant les fidèles à te faire la zakat. Le claquement de doigts vient appuyer ta requête chantée. Ou alors, tu montes gratis dans un bus bondé, tu fais le tour en chantant et claquant des doigts, après 500 mètres, satisfait, tu descends. Le pire ou le meilleur, selon qu’on soit le donateur ou le receveur, c’est quand le mendiant a une infirmité aussi petite soit-elle, il mettra son Grand boubou blanc et se postera au carrefour pour commencer son job, je ne parle même pas des bébés utilisés par leur mère pour faire davantage pitié, ni des talibés, génération sacrifiée.

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