De l’appel de Daoukro à l’appel de La Haye…

Congrès RHDP crédit photo Imatin.net

Congrès RHDP crédit photo Imatin.net

Ma Côte d’Ivoire à moi, est une terre de perpétuels rebondissements. Les amoureux de la politique ne s’ennuient jamais bien longtemps, car il y a toujours de quoi se mettre sous la dent! En cette année électorale, les retournements de situations sont encore plus impressionnants. Les politiques se livrent à des séances privilégiées de partouzes politiciennes qui m’émerveillent. Des plans à trois, à quatre et même à cinq ! Aïe aïe aïe les partouzes moi… Bref!

Tenez ! Déjà en 2014, le jeune Bédié, président du PDCI-RDA, après avoir fait languir pendant des mois les observateurs de la vie politique ivoirienne, faisait une entourloupette aux membres de son parti en lançant son désormais célèbre « appel de Daoukro ». Ce jour-là, devant toute la nation réunie comme il s’est plu à le signifier, il faisait, en totale violation des résolutions du congrès de son parti (qui exigeait un candidat issu de leurs rangs aux prochaines présidentielles), la promesse solennelle à Alassane Ouattara de faire de lui inc et nuc, le candidat du PDCI et par ricochet celui du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) qui forme la coalition au pouvoir. Et il l’a fait !
Les cris de protestation et les grincements de dents provoqués par cet appel n’avaient rien changé à ses plans. Bien au contraire…

Les prédicateurs de la candidature unique sur le terrain
Nos ministres qui jouissent et se réjouissent à la tête de leurs ministères respectifs, ont sérieusement mouillé le costume pour convaincre les militants du PDCI, que cet appel était non seulement indispensable à la cohésion sociale, mais aussi la preuve vivante que Bédié est un homme de paix. Tiens donc ! En quoi violer effrontément les résolutions du congrès de votre parti fait de vous un homme de paix ? Le pays ne saurait tenir debout que si le PDCI-RDA, le plus vieux parti de Côte d’Ivoire, se retranche timidement derrière le RDR parti du président Alassane Ouattara?
Tels des prédicateurs de la bonne nouvelle, nos immenses ministres, réunis au sein de missions spéciales ont sillonné le pays, rivalisant d’arguments destinés à faire avaler sans modération aucune les bienfaits de l’investiture d’Alassane Ouattara en qualité de candidat unique du RHDP. Certains n’hésitant pas à empiéter sur leurs heures de travail pour le bien de la cause ; d’autres optant carrément pour des heures supplémentaires, en apportant volontairement sur l’autel du sacrifice leur précieux weekend.
Chaque mission, chaque visite officielle se transforment en plaidoyer en faveur de l’appel de Daoukro pour ces laudateurs qui ne se lassent point de vanter la sagacité de Henri Konan Bédié et les miracles accomplis par le président de la République.

Un ministre honore-t-il de sa majestueuse présence une cérémonie dans une localité ou commune quelconque ? Bam ! Il trouvera une lucarne pour venter la sagesse dont fit preuve le jeune Bédié, artisan infatigable de la paix en terre d’Ivoire en soutenant la candidature du président Ouattara. Une tribune est-elle offerte à un autre sur une question précise ? Paf ! Il fera une petite digression, histoire de faire comprendre aux uns et aux autres qu’en dignes suiveurs, ils devraient faire leur, cet appel qui a suscité le courroux de certains cadres, qui se sont désolidarisés du RHDP afin de présenter leur candidature aux prochaines échéances électorales.
Désormais baptisés « les irréductibles » et méprisés par leur famille politique, ils ont changé les règles du jeu ! Une carte suffit : celle de Laurent Gbagbo…

He’s Back !
Eh oui! Ceux qui croyaient que l’intrépide Gbagbo disparaîtrait du paysage politique ivoirien après la déconvenue essuyée à la bataille d’Abidjan suite à la présidentielle de 2010 et son transfèrement en catimini à La Haye, peuvent toujours rêver ! Car plus que jamais, l’ombre du prince de Mama, plane sur la future élection présidentielle. Il suffirait qu’il dise un mot relativement à cette élection pour que bien des calculs tombent à l’eau.
Il est non seulement au centre de la guerre sans merci que se livrent Affi N’Guessan et Aboudramane Sangaré pour le contrôle du Front populaire ivoirien (FPI), mais joue malgré lui, les trouble-fêtes dans les débats opposants les « irréductibles » au jeune Bédié…

Au centre de toutes les batailles au sein du FPI…
Si l’on s’en tient à la dernière élection, le FPI est le parti majoritaire en Côte d’Ivoire. La preuve en est qu’en dépit de l’alliance des houphouëtistes (RHDP), qui regroupe en son sein cinq formations politiques (le PDCI, le RDR, l’UDPCI, l’UDCI et le MFA), les frontistes ont réalisé un score plus qu’honorable à la présidentielle de 2010 qui fait d’eux, le premier parti d’opposition en terre d’Eburnie (45, 90 % des suffrages exprimés) ; environ 2 000 000 d’électeurs, qui quoi qu’on dise, pèseront lourd lors des prochaines échéances électorales. L’ayant bien compris, les uns et les autres cherchent le meilleur moyen de s’accaparer ces voix.
Les conflits au sein du parti d’opposition désormais bicéphale en raison des deux présidents qui le dirigent, font bien entendu le jeu du pouvoir qui attise la flamme des guéguerres en soutenant ouvertement Affi N’Guessan, président contesté et non désiré du parti fondé par l’intrépide Gbagbo.
Chacune de ses préoccupations est traitée avec attention par le royaume. En décembre 2014, le ministre de l’Intérieur Hamed Bakayoko montait au créneau pour défendre ses droits, suite à l’annulation du congrès du FPI. « J’appelle au respect de cette décision de justice et prévient contre toute tentative de trouble à l’ordre public, les contrevenants subiront la rigueur de la loi». Avait-il déclaré en substance.
Le 10 mars dernier, Monsieur Koné Bruno ministre des TIC et porte-parole du gouvernement, qui déclarait qu’en dépit du comité central nocturne qui l’avait suspendu, seul Affi, était reconnu comme interlocuteur du gouvernement pour le compte du FPI. « Les personnes qui aujourd’hui sont autorisées à s’exprimer au nom de ce parti, c’est en l’occurrence comme président M. Affi N’Guessan. Le jour où cela va changer, conformément au statut de ce parti et aux lois ivoiriennes, nous aurons un interlocuteur et la personne nous sera désignée (…) Tant que cela ne change pas, l’interlocuteur du gouvernement est celui désigné conformément au texte du FPI (…) on serait en faute d’aller discuter avec des personnes qui ne sont pas habilitées officiellement à représenter ».

Il en a de la chance Affi ! Anaky Kobenan président du MFA démis dans des conditions similaires par son parti, avec la bénédiction de ses alliés d’hier (RHDP), n’a pas eu la même fortune ! Jamais citoyen n’aura été autant soutenu. La RTI qui ne couvre que très rarement les activités de l’opposition ivoirienne, diffuse les siennes au journal de 20h. Euye !
Même les tribunaux dont la lenteur est légendaire, sont miraculeusement diligents et font exception à leur mythique lourdeur lorsqu’il s’agit de connaitre d’un litige dans lequel il est parti. Il faut dire que ces derniers temps, le camarade Affi, multiplie les actions en justice contre ses « amis » qui eux, crient à la persécution.
La Cour, lors des assises de la crise post-électorale, a même fait preuve d’une magnanimité à fait pâlir de jalousie Simone Gbagbo, en se gardant par le biais d’une condamnation avec sursis, d’entacher son casier judiciaire d’une vilaine affaire de trouble à l’ordre public.

L’objet de toutes les convoitises dans le camp adverse !
Mais il n’y a pas que les cadres du Front populaire ivoirien et le gouvernement qui veulent « contrôler » le FPI. Un autre groupe s’invite dans les débats. Ce sont les « irréductibles » du PDCI, qui depuis l’appel de Daoukro, ont mené une vaine offensive contre l’investiture de Sa Majesté Ouattara premier comme candidat du parti de feu Felix Houphouët Boigny.
Laurent Gbagbo, tel une vierge, une jeune et belle gazelle dont les dignitaires du royaume voudraient savourer en premier les délices, est courtisé, adulé, louangé. Ils veulent donner la migraine à mon président ADO ou quoi ?
Le député de Port-Bouet Kouadio, Konan Bertin dit KKB, fut le premier à brandi le joker Gbagbo. Il capitalise deux visites à La Haye. Une première fois en octobre 2014 peu après que le célèbre pensionnaire de La Haye ait perdu sa mère. Embrassade et accolade avaient meublé ces retrouvailles « familiales » selon les dires du visiteur.
Charles Konan Bany ne s’est pas gêné pour lui emboîter le pas à la prison de Scheveningenen accusant le président Ouattara de lui avoir défendu de rendre visite à l’intrépide Gbagbo pendant son mandat de réconciliateur. Essy Amara selon les indiscrétions devrait s’y rendre également. Qui avait dit que la politique c’est la saine appréciation des réalités du moment ? C’est bien vrai !

La politique a des subtilités que le profane ne maîtrisera jamais. Les alliances se font et se défont. Nous ne doutons point que grâce à sa popularité encore intacte en Côte d’Ivoire, cet homme jouera un rôle capital dans les prochaines échéances électorales.
Vu toutes ces agitations, de l’appel de Daoukro à l’appel de La Haye, c’est sûr, il n’y’a qu’un pas ! En tout cas, moi électrice, je suis scotchée par toutes ces stratégies ! Ma voix vous tend les bras Messieurs !
Allez Shalom !

PS : Certes je me fais rare, mais je vous aime toujours autant ! En plus je vous prépare une série d’interviews imaginaires qui devraient vous faire plaisir… Enfin… J’espère… Affaire à suivre !

9 Commentaires

  1. « En cette année électorale, les retournements de situations sont encore plus impressionnants. Les politiques se livrent à des séances privilégiées de partouzes politiciennes qui m’émerveillent. Des plans à trois, à quatre et même à cinq ! Aïe aïe aïe les partouzes moi… Bref! » c’est ton intro qui m’a mis chaos. Ahahahahaha

    Très belle analyse.

    Amitiés !

  2. Akwaba Babeth. Quel retour! Je suis enjaillee. Mais je dis, tu es jalouse de la jeunesse de mon grand – père Bedie, je le sens. Krkrkrkrkrkrkrkr, en tout cas bravo! Tu connais affaire de politique là vraiment, une histoire de p****#$$#. Zut, moi la sottement prude, quel relâchement!

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