Bienvenue à Mossikro, quartier des enterrés vivants

Mossikro: Après les éboulements Crédit B.B.

Mossikro après les éboulements. Crédit photos: B.B.

« Mieux vaut prévenir que guérir ! » Ce sage dicton, sorti de l’esprit éclairé de ne je sais quel penseur (n’hésitez à me donner son nom les gars), résonne fréquemment en Côte d’Ivoire. Et de temps à autre, les champions confortablement installés dans leurs fauteuils ministériels, l’arbore sur leurs lèvres spécialement ointes et dédiées à la louange des œuvres, bonnes ou mauvaises, de Sa Majesté Ouattara premier, distributeur automatique de milliards et bâtisseur infatigable selon son grand frère Bédié, président du PDCI-RDA, histoire de nous faire croire qu’ils sont proactifs. Et pourtant…

Comme l’année dernière, les pluies diluviennes ont encore frappé et fait 16 morts. Et comme l’année dernière, l’Etat arrive après les enterrés vivants des quartiers précaires…

Les mêmes causes produisent les mêmes effets

Dans la nuit du 20 au 21 juin dernier, quatre personnes avaient trouvé la mort dans le quartier de Mossikro, sis dans la commune d’Attécoubé, après les éboulements provoqués par la pluie qui s’était abattue sur la ville d’Abidjan. Ce quartier faut-il le rappeler est coutumier de ce genre de drames. Et bien entendu, l’immense Mamadou Sanogo, ministre de la Construction du Logement et de l’Urbanisme, s’y est précipité pour le traditionnel « Yako » avec enveloppe à l’appui et de sages conseils en prime.

Je n’y avais jamais mis les pieds auparavant. Mais comme je ne laisse pas affaire, j’ai profité du fait que mon boss y avait un reportage, pour découvrir ce fameux quartier qui alimente fréquemment l’actualité en saison pluvieuse. Dès notre arrivée, nous sommes accueillis par un « Caméra encore ! », résultante du ras-le-bol des riverains qui depuis les éboulements attirent comme des mouches, tous les curieux et sont sous le feu des projecteurs.

Ne leur en déplaise, nous resterons quand même faire notre travail enfin…

Mon constat au vu des images et des témoignages, fut que les responsabilités de ces tragédies sont imputables aussi bien aux habitants de ces quartiers précaires qu’à l’Etat qui fait preuve en la matière d’une totale léthargie.

Des riverains parfois obstinés

Lorsque de tels drames surviennent, on a tôt fait de jeter la pierre au gouvernement qui n’a pas déguerpi ces zones à risques occasionnant de telles tragédies.

Malheureusement il faut bien l’avouer, déguerpir les habitants (des Burkinabè et des Maliens en majorité) de ces zones n’est pas chose aisée. Un agent de la mairie d’Attécoubé, vivant lui-même dans le quartier de Mossikro, me confiait ceci : « Lorsque nous mettons « à démolir » sur leurs maisons ou même lorsque nous essayons de les sensibiliser, ils disent que c’est nous qui allons les dénoncer. Lorsque l’on marque « à détruire » sur leur maison, ils effacent la marque. Même lorsqu’on casse, ils viennent reconstruire pour habiter encore. »

Son témoignage est corroboré par Touré un autre riverain visiblement désolée de ces décès. « Ce sont des amis qu’on a perdus comme ça, malheureusement. Mais quand on dit de quitter ils ne veulent pas ».

Salimata S. habitant également le quartier nous raconte: « Il y a eu trois morts et un blessé chez nous ici. C’est vrai qu’on nous a demandé de partir d’ici. La maison où il y a eu des morts avait déjà été cassée par la mairie. Nous-mêmes on s’est mobilisé pour faire sortir tous ceux qui habitent dans les lieux dangereux. Mais puisque cette cour est fermée, on ne savait pas qu’il y avait des gens dedans. Dans le quartier en tout cas, on ne savait pas. c’est hier qu’on a su qu’il y avait des gens… On était obligé de sortir et taper la porte de chacun pour venir enlever les corps. Je suis très choquée parce que ce sont mes amies. On vendait toutes les trois au marché ensemble. »

Pourquoi quitter un quartier dont le loyer est si bas, un quartier dans lequel l’on peut se bâtir un toit sur une colline en attendant des éboulements sans débourser un rond ? Car l’argent est bien le principal argument évoqué pour demeurer dans cette situation plus que dangereuse.

Un Etat qui commence, puis oublie

Outre la témérité des riverains, qui délibérément mettent leur vie en danger, ces drames sont également imputables à l’Etat dont l’empressement lorsqu’il s’agit de prendre ses responsabilités, est d’une lenteur incroyable.

Les déguerpissements spectaculaires qui sont effectués sous les objectifs de la grande « RTI » (télévision d’Etat à ne pas confondre avec télévision publique) ne vont jamais au-delà du spectacle. Puis vient le soleil comme maintenant, et toutes les mesures vigoureuses annoncées sont oubliées. Chacun retourne à son quotidien, et vaque à ses occupations jusqu’aux prochaines pluies et… prochains drames…

Koné Saibou représentant la chefferie de Mossikro, lors de ma visite, a d’ailleurs regretté que l’Etat n’ait pas poursuivi l’œuvre de déguerpissement entamée l’année dernière.

Mamadou Sanogo, ministre de la Construction du Logement et de l’Assainissement, depuis Mossikro où il est allé présenter les condoléances aux parents et amis des victimes, toujours sous les caméras vigilantes de la RTI1 a affirmé :

 « Partout où ces accidents et pertes en vies humaines sont arrivés, les populations résident au flan des collines. Et sur ces collines,  nous avons noté qu’il y a des mottes de terre chargées d’eau qui viennent, à une grande vitesse, casser les murs et ensevelir les populations qui se trouvent à ces endroits… » Puis d’exhorter les habitants à partir de ces endroits. « Nous vous demandons pardon, partez de ces endroits. Rien ne vaut la vie de vos enfants ces personnes louent ces maisons, 30 000 FCFA le mois. Et nous avons aussi remarqué que les intrants qui ont servi à construire ces maisons sont les mêmes que vous trouvez dans les quartiers dits huppés. Le gouvernement vient de développer une solution durable qu’on appelle les LEM, lotissements à équipement modérés. Ces plateformes existent dans tous les quartiers désormais ; donc il vous est possible de venir au Ceffal vous enregistrer et quitter ces endroits-là. Car les maisons que vous louez à 30 000 francs il vous est possible de les louer à 20 000 francs… » Et ces gens-là ne savaient pas ça ? Merci pour le tuyau !

Lotissements à équipement modérés, coup de com ?

Ces lotissements sociaux parlons-en ! Le ministre encourage les populations à se tourner vers les logements sociaux dont la location serait accessible au prix de 20 000 FCFA. Mais pourquoi le relogement de ces déguerpis ne se ferait pas simultanément puis que visiblement c’est la solution idoine et surtout une solution durable comme le soutien le ministre ?

Le fait est que la construction de ces fameux lotissements inaugurés fraîchement (le 14 mai dernier) par le premier ministre Kablan Duncan (qui prévoit d’ailleurs de s’en servir pour diminuer l’énorme dette qui pèse sur la tête de notre pays) est encore à l’état embryonnaire. Selon l’immense Mamadou Sanogo, « Sur un potentiel de 1561 plateformes du projet pilote, nous avons pu réaliser à ce jour 521 et 60 logements témoins dont 15 logements sur chacun des quatre sites pilotes ».

J’ai en bonne Kpakpato approché le Ceffal afin d’être éclairée et connaître le nombre exact de logements disponibles. Mon interlocuteur à qui je me présente comme journaliste me répond :

– Vous cherchez scoop? Ce que le ministre a dit là, c’est clair. Et le ministre n’a pas dit que les maisons seront louées à 20 000 F CFA; Il a demandé à ceux qui construisent les maisons dans ces zones à risques de venir prendre part au projet. Il n’ y a pas de scoop ici ma chérie. Viens au Ceffal toi et moi on va bien parler… Scoop hein ? C’est pas parler mal ça ? Donc je suis bouchée ? Heureusement que ses propos sont passés au JT du 22 juin dont la vidéo est inaccessible ces temps-ci. Elle est bloquée par l’utilisateur qui l’a mise en ligne…

– Excusez-moi monsieur mais le ministre l’a dit! En plus c’est passé au JT… ai-je répondu.

– Vois ne pouvez pas vous baser sur ces quelques mots au JT pour dire que le ministre a dit ça. En plus ces maisons ne sont que des maisons témoins. L’Etat n’ayant pas les moyens de les construire le fera avec l’appui des promoteurs.

En gros les maisons où les habitants de ces zones à risques on été publiquement priés de souscrire, afin de quitter ces quartiers précaires, ces maisons que l’on peut louer à 20 000 F CFA ne sont pas vraiment disponibles ?

En tout état de cause le ministre en plus de la traditionnelle enveloppe de « Yako » a promis qu’après la saison des pluies le quartier sera bel et bien rasé… Encore ?

J’espère bien que cette fois, c’est pour de vrai…

Allez Shalom les amis !

2 Commentaires

  1. Décidément les politiciens africains e ressemblent tous. On dirait qu’ils se sont passé le mots. Car au Cameroun nous faisons face ua même problème et aux mêmes attitudes. Le 22 juin, la ville de Douala a connu des inondations sans précédents. Les populations avaient construit dans les drains et les marécages. Quelques jours après les pluies, les autorités de la ville sont descendues dans les quartiers pour détruire toute les habitations empêchant la circulation de l’eau. les sites libérés devaient normalement être mis en valeur. Mais depuis rien !

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